Chirurgie orthognathique
Indications
Une chirurgie orthognathique est indiquée lorsqu'un patient présente un problème orthodontique suffisamment grave pour qu'un traitement de compensation ou de camouflage ne soient plus des solutions de traitement. Une chirurgie pour réaligner les mâchoires ou repositionner des segments dentoalvéolaires devient alors le seul traitement possible.
La chirurgie n'est pas un substitut au traitement orthodontique. Elle est intégrée au traitement orthodontique et doit être coordonnée avec celui-ci et avec les autres traitements de restaurations (implants, prosthodontie, parodontie) si ceux-ci sont requis.
Techniques chirurgicales contemporaines
Chirurgie maxillaire
• Expansion palatine rapide assistée chirurgicalement (EPRAC)
• Ostéotomie Le Fort II et Le Fort III (ces deux procédures sont moins courantes et généralement réservées à des syndromes craniofaciaux tels que Crouzon, Apert).
Chirurgie mandibulaire
• Ostéotomie sagittale mandibulaire bilatérale (OSMB)
Distraction osseuse
Ce type de chirurgie est basé sur le principe de manipulation du site de coupe de l'os afin d'étirer le caillot qui se forme pour réparer le site avant que ce caillot (cal mou) ne soit reminéralisé et réossifié. Parmi les avantages de la distraction osseuse, on note que des mouvements d'une plus grande amplitude peuvent être exécutés et que des mâchoires déficientes peuvent être allongées à un plus jeune âge. On peut donc allonger ou élargir un maxillaire ou une mandibule en utilisant cette technique.
L'EPRAC est basée sur le principe de distraction osseuse.
À la mandibule, il est possible d'élargir au niveau du menton par distraction osseuse de la symphyse.
Ostéotomie Le Fort 1
Les traits de découpes de l'ostéotomie Le Fort 1 sont situés sur les parois latérales de l'os maxillaire et s'étendent de l'orifice nasal antérieurement jusqu'à la jonction ptérygomaxillaire postérieurement. Ce trait est situé au-dessus des racines des dents et passe sous l'arcade zygomatique. La paroi interne du sinus ainsi que le septum nasal sont séparés à l'ostéotome. Le maxillaire est ensuite séparé (down fracture) des lames ptérygoïdes.
Ce genre d'ostéotomie permet de repositionner le maxillaire dans les 3 plans de l'espace. Les types de mouvement les plus fréquents sont un avancement, un repositionnement supérieur (impaction) et un repositionnement inférieur. Il peut y avoir une combinaison des mouvements: antérieur et supérieur; antérieur et inférieur, rotation (abaissement antérieur et relèvement postérieur). Vue de face, il est possible de corriger une inclinaison en relevant ou abaissant un côté plus que l'autre.
Pour corriger le maxillaire dans le sens de la largeur, il faut le partitionner en 2 par son centre ou en 3 segments (1 antérieure et 2 latéraux) selon la quantité d'expansion requise. La figure du maxillaire en vue occlusale illustre la position des traits de découpes. Les flèches bleues indiquent la jonction du maxillaire aux lames ptérygoïdes de l'os sphénoïde. Ces jonctions doivent être rompues si on veut déplacer ou élargir le maxillaire.
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Ostéotomie sagittale mandibulaire bilatérale
L'ostéotomie sagittale mandibulaire consiste en une découpe de la mandibule entre la branche montante et le corps mandibulaire (trait noir). Cette découpe s'étend verticalement du bord inférieur du corps mandibulaire jusqu'à la jonction supérieure approximativement entre la 1re et la 2e molaire. Ce trait se poursuit postérieurement sur la "tablette buccale", entre la ligne oblique externe et les dents, jusqu'à la branche montante. Le trait continue sur la face interne de la branche montant et passe au-dessus de l'entrée du nerf alvéolaire inférieur.
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En vue frontale, on peut voir la largeur du corps mandibulaire et le trajet de la découpe. Vous reconnaîtrez que le trait traverse le site de la 3e molaire. Cette dent, bien qu'on ne la voit pas sur cette mandibule séchée, a tout de même la dimension d'une bille de l'ordre de 10 à 15 mm de diamètre si on tient compte du sac folliculaire qui l'enveloppe. Il existe donc une cavité dans l'os qui, lorsque les 2 parties osseuses seront séparées, amincit d'autant les parois osseuses restantes. C'est pour cette raison que les chirurgiens buccaux préfèrent que les 3es molaires soient retirées au moins 6 mois avant une chirurgie orthognathique, car il est important d'avoir des parois osseuses pleine épaisseur lorsqu'ils doivent fixer les fragments avec des vis bicorticales.
Les vis bicorticales sont insérées à angle droit et immobilisent la paroi externe contre la paroi interne pour qu'une guérison complète se produise. Il est possible de comprendre, grâce au cliché radiographique, que les vis sont placées où devrait normalement se situer le bourgeon d'une 3e molaire.
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Génioplastie
Une génioplastie peut être utilisée pour corriger des anomalies de la partie antéro-inférieure du bord de la mandibule. À cet égard, une génioplastie est une ostéotomie du bord inférieur de la mandibule (inferior border osteotomy) et permet de modifier le contour du menton dans les 3 plans de l'espace et changer la forme du menton en hauteur (verticalement), en longueur (antéropostérieurement) et en largeur (transversalement). Une génioplastie peut être exécutée seule ou en conjonction avec d'autres ostéotomies maxillaire ou mandibulaire.
Le trait de découpe est situé sous l'apex des racines des incisives mandibulaires et s'étend postérieurement en biseau en passant sous le trou mentonnier par où sort le nerf mentonnier qui donne la sensibilité à la peau et la muqueuse du menton et de la lèvre inférieure à partir de la commissure labiale.
La partie osseuse inférieure (distale) détachée du corps de la mandibule (segment proximal) est glissée antérieurement et immobilisée à l'aide d'ostéosynthèse métallique ou d'une plaque bicorticale et de vis. L'exemple de gauche avec ostéosynthèse métallique représente une réduction verticale et un avancement. L'exemple de droite avec une plaque bicorticale démontre un avancement, mais il y a eu très peu de réduction verticale. Ces radiographies ont été prises 2 semaines postchirurgie.
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Expansion palatine rapide assistée chirurgicalement (EPRAC)
Lorsqu'un individu a atteint sa maturité physique, l'expansion orthopédique du maxillaire obtenue chez l'individu en croissance n'est plus possible. Un appareil d'expansion (chez l'adulte) fixé sur les dents ne ferait alors que basculer les dents sans que la base osseuse soit élargie.
Il existe deux moyens d'élargir le palais chez l'adulte:
1– Élargir le palais en segmentant le maxillaire lors d'une ostéotomie Le Fort 1
2– Élargir le palais en utilisant le principe de distraction osseuse (EPRAC)
L'EPRAC est l'équivalent d'une ostéotomie Le Fort 1 avec les mêmes découpes sauf qu'il n'y a pas de "down fracture". Le trait de découpe (flèches blanches) débute à l'ouverture piriforme (forme de poire) de la cavité nasale et s'étend postérieurement jusqu'à la jonction ptérygomaxillaire en passant sous l'arcade zygomatique où le trait est élargi. Les 2 hémimaxillaires sont séparés en leur centre à la suture intermaxillaire par un ostéotome fin. Un appareil d'expansion a été préalablement cimenté sur les dents. Il est activé d'environ 1 mm perop.
L'expansion (distraction osseuse) est amorcée 5 à 7 jours postop afin de laisser le caillot sanguin s'organiser en cal mou. La distraction est faite à raison de 0,5 mm par jour jusqu'à l'obtention de la dimension désirée. Dans l'image ci-contre, prise au dernier jour d'expansion, remarquez l'espace de près de 10 mm entre les 2 incisives centrales. La séparation entre les 2 incisives indique qu'il y a eu une disjonction adéquate des 2 hémimaxillaires. Cet espace fraîchement créé entre les 2 incisives se refermera progressivement alors que les fibres gingivales, qui sont étirées lors de l'écartement, retourneront à leur taille normale. Puisqu'elles sont attachées aux dents par le cément, les dents seront donc déplacées dans cet espace vide. La pose des brackets complètera la fermeture du diastème.
Pour avoir une information complète et exhaustive de l'EPRAC, je recommande la lecture de ma thèse de maîtrise sur le sujet intitulée: Stabilité de l'expansion palatine rapide comparée à une ostéotomie Le Fort 1 multisegmenté.
Deux articles ont été produits et publiés:
Closer look at the stability of SARPE
Short– and long-term stability of SARPE revisited (in press. Le lien sera fourni après la publication prévue pour mars ou avril 2011).
Si vous désirez vraiment voir une chirurgie d'ÉPRAC et que vous n'avez pas le coeur sensible, vous pouvez visionner ce petit clip. Coeur sensible, veuillez vous abstenir. EPRAC_SARPE videoclip of surgical technique
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Distraction osseuse
La distraction osseuse de la symphyse est indiquée dans les cas de constriction grave de la mâchoire inférieure. Elle permet d'élargir la partie antérieure de la mandibule et regagner ainsi de l'espace pour aligner la dentition d'une part et pour la langue d'autre part.
La symphyse mentonnière nécessite une découpe verticale au centre du menton. Un appareil d'expansion avec fixation osseuse est l'appareil idéal car l'arcade dentaire est si étroite qu'il est impossible de loger une vis d'expansion. Le cas illustré à droite démontre le site d'ostéotomie. Un appareil à ancrage dentaire a été utilisé.
La distraction osseuse après expansion perop de 1 mm a été poursuivie 7 jours après l'opération au rythme de 0,5 mm par jour jusqu'à l'obtention de l'expansion planifiée.
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Le cliché radiographique démontre la séparation obtenue (section entre les pointes de flèches) entre les parties droite et gauche de la mandibule par étirement du cal mou. Cette section se ré-ossifie complètement et rien n'y paraîtra une fois la guérison complétée. Lorsque l'ossification du cal mou débute, les dents peuvent être déplacées orthodontiquement dans cet espace nouvellement créé. La radiographie de droite a été prise environ 30 mois après la fin du traitement orthodontique.
L'exemple ci-contre illustre un appareil avec ancrage osseux et ancrage dentaire. L'espace obtenu par l'élargissement de la symphyse permet d'aligner les dents et permet à la langue d'enfin pouvoir se placer à l'intérieur de l'arcade dentaire. La distraction mandibulaire peut être faite en concomitance avec l'EPRAC. L'élargissement de la mandibule peut faire partie d'un traitement majeur orthochirurgie pour régler un problème d'apnée du sommeil sévère.
Scott Conley et Harry Legan ont publié un excellent article dans le AJODO en 2006 afin d'illustrer un cas présentant une constriction maxillaire et mandibulaire grave et une rétrognathie mandibulaire chez un patient apnéique. Correction of severe obstructive sleep apnea with bimaxillary transverse distraction osteogenesis and maxillomandibular advancement.
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Les bienfaits de la chirurgie
Les avantages du traitement peuvent être formidables.
Même si la perspective de subir une chirurgie dans le cadre de votre plan de traitement peut vous paraître intimidant, cela est vraiment fréquent. Une fois les traitements d'orthodontie et de chirurgie complétés,vous pourrez jouir d'une meilleure santé dentaire et avoir une plus belle apparence faciale.




















Le 25 novembre 2010, j'ai moi-même subi une expansion palatine assistée chirurgicalement (EPRAC).
Avant l'opération, je n'ai pas eu la chance de regarder la vidéo que le Dr Chamberland a mise sur son site. Ce n'est que dernièrement que j'ai eu la possibilité de la voir et je dois vous avouer que j'en suis restée bouche-bée.
Sincèrement, j'ai vraiment trouvé cela spectaculaire! C'est fou tout ce que la médecine est capable de faire de nos jours… Ce qui est le plus impressionnant, c'est que malgré tout ce que l'on peut voir dans la vidéo, la réalité est que ce n'est pas si douloureux que ça et que la guérison se fait assez rapidement!
Ce qui est le plus "agaçant", c'est tout l'inconfort que peut générer cette opération. Par inconfort, je parle du fait que le visage enfle, que certaines zones du visage restent engourdies pendant plusieurs jours et qu'il est difficile de parler et de s'alimenter normalement. Par contre, comme je l'ai déjà précisé, après quelques jours seulement le visage commence à reprendre son apparence normale, notre visage retrouve sa sensibilité, il est possible de recommencer à manger certains aliments et parler est de moins en moins difficile.
Je suis heureuse d'avoir eu la chance de voir cette vidéo, car ainsi j'ai été en mesure de répondre à plusieurs de mes questionnements. J'ai pu comprendre les raisons pour lesquelles certains endroits de ma bouche étaient plus douloureux que d'autres. Pourquoi certaines zones de mes gencives sont encore insensibles. Pourquoi j'ai eu quelques saignements de nez ainsi que de la douleur quand je le touchais, etc.
Il est évident que de regarder cette vidéo n'est pas un moment de plaisir… J'ai dû fermer mes yeux à quelques reprises, mais à la fin j'étais fière de moi. Fière d'avoir subi cette opération et fière de pouvoir dire que tout cela a l'air pire que ça ne l'est en réalité
Bonjour,
J'ai consulté un orthodontiste il y a quelques années qui me proposait l'EPRAC en début de traitement. Je n'avais pas les ressources financières nécessaires à ce moment, mais j'ai économisé depuis et j'envisage maintenant le traitement. Je consulte donc les différents sites d'orthodontistes de Québec afin de porter un choix final sur le spécialiste que je consulterai.
L'EPRAC m'inquiète un peu. Je me demande combien cela prend de temps généralement avant de redevenir fonctionnel (pouvoir retourner au travail et vaquer à ses occupations quotidiennes) après une EPRAC? Est-ce que la douleur demeure longtemps?
Merci!
Sébastien
Bonsoir Monsieur Sébastien,
D'abord, je vous invite à lire la section témoignage de la page d'accueil. Le témoignage de Stéphanie concernant son expérience avec une EPRAC devrait vous rassurer quant à la douleur. Vous remarquerez à la lecture du témoignage de Stéphanie, ainsi que ceux des autres patients ayant subi d'autres de chirurgies, que la douleur ne semble pas être un obstacle. Selon mes patients, la douleur est tolérable, pas très grande, très supportable.
Le temps de convalescence varie d'une personne à l'autre, mais il semble y avoir un consensus qu'il faut rester tranquille les 7 premiers jours. Entre le 7e et le 14e jour, les forces reviennent rapidement, mais il est important de bien s'alimenter. Il est probable que vous pourrez reprendre vos occupations normales durant cette période.
Nous sommes en train de finaliser sur ce site un page décrivant tous les conseils postopératoires ainsi que des recettes d'alimentations recommandées par les diététistes de l'hôpital de l'Enfant-Jésus (voir FAQ/conseils postopératoires).
J'espère que ces quelques informations sauront vous rassurer. Prenez le temps de consulter tous les documents concernant la chirurgie EPRAC sur cette page. Des hyperliens vous conduiront aux travaux de recherche que j'ai fait sur le sujet.
Recevez, Monsieur Sébastien, mes salutations distinguées
Dr Sylvain Chamberland
Bonjour Docteur,
Suite à d'importantes recherches d'informations et témoignages sur internet concernant l’opération Le Fort 1, je suis tombée sur votre site.
Ma situation actuelle est que je dois subir une opération Le Fort 1 afin de corriger une petite béance dentaire.
–J'ai consulté un premier chirurgien qui me propose le traitement suivant:
Pose d'un appareillage dentaire puis au bout de 3/4 mois, subir l’opération du maxillaire avec l’élargissement du palais (mon élargissement palatin est très léger, c'est pourquoi il me propose de faire les 2 en une seule opération). Je garderai l'appareillage 10 mois après l’opération.
–J'ai consulté un second chirurgien afin d'avoir son avis sur mon cas. Ce dernier m'a proposé de faire dans un premier temps l’élargissement du palais (première opération) avec pose d'un disjoncteur et appareillage, puis 6 mois après procéder au Le Fort 1. (deuxième opération).
Je reste très hésitante quant au choix de mon traitement et souhaitais avoir votre avis sur mon cas et ces 2 types de traitement proposés. J'ai d'ailleurs lu votre mémoire très intéressant (merci!) malgré certains aspects incompris. Je vous remercie par avance pour votre point de vue et vos conseils.
Dans l'attente
Très cordialement
Sihem
Bonjour Sihem,
Il est difficile de répondre adéquatement à votre question parce qu'il me manque des informations importantes et que le choix de procéder à 2 phases chirurgicales distinctes ne repose pas sur le simple fait "d'avoir une petite béance antérieure à corriger."
Pour qu'il y ait indication de procéder à un élargissement du palais (EPRAC), il faut une déficience de largeur de plus de 5 à 7 mm, c'est-à-dire que la mâchoire supérieure est trop étroite d'au moins 7 mm par rapport à la mâchoire inférieure. Le deuxième critère serait l'amplitude des mouvements nécessaires dans le sens vertical et sagittal (avant-arrière).
S'il est vrai que votre élargissement palatin est très léger et que vous avez "une petite béance", il est fort probable ou vraisemblable que la correction chirurgicale puisse se faire dans les 3 plans de l'espace en une seule opération.
Je m'interroge cependant sur le fait que vous ne semblez pas avoir consulté d'orthodontiste afin de coordonner vos traitements. Votre adresse m'indique que vous habiter dans la région Provence-Alpes. Je vous recommande de consulter un orthodontiste de votre région. À Québec, l'orthodontiste est le maître d'oeuvre des traitements orthochirurgies et les étapes du traitement sont coordonnées avec le chirurgien buccal et maxillofacial et il ne se fait à peu près pas de chirurgie orthognathique sans qu'il n'y ait pas conjointement un traitement d'orthodontie. De plus, une petite béance et un petit problème de largeur çà pourraient peut-être se corriger sans approche chirurgicale.
Je crains que ma réponse ne vous rendre encore plus hésitante et confuse. Un diagnostic et un plan de traitement ne peuvent se faire à distance sans avoir vu le patient.
Recevez, Sihem, mes salutations distinguées
Dr Sylvain Chamberland
Bonjour Dr Chamberland,
Je viens de subir une EPRAC (6 juin 2011) en vue d'avoir un appareil orthodontique. Une semaine après la chirurgie, j'ai commencé l'activation de l'appareil d'expansion (à raison de 2 activations par jour pendant 12 jours) pour finalement atteindre +/- 10mm d'espace entre les deux incisives. Toutefois, cette expansion a créé un déséquilibre de +/- 4mm entre les deux incisives (expansion en angle). En regardant la plupart des photos disponibles sur internet, je remarque que la plupart des expansions semblent être à 180 degrés (les deux incisives sont égales). Est-ce normal d'avoir un déséquilibre entre les deux incisives ? Est-ce que l'EPRAC peut causer un déséquilibre entre les deux hémimaxillaires ?? De plus, environ 24 jours après la chirurgie et 4 jours après avoir cessé l'activation de l'appareil d'expansion, je ressens toujours de l'engourdissement dans la lèvre supérieure et les joues. Est-ce normal de ressentir encore de l'engourdissement (insensibilité) après un peu plus de trois semaines ??
Je vous remercie à l'avance des réponses à mes questions !!
Bonne journée !!
Bonjour Monsieur,
L'expansion lors d'un EPRAC cause inévitablement un angle entre les 2 incisives lors de leur séparation. Les 2 hémimaxillaires peuvent s'incliner de 5° à 10° par côté d'où la nécessité d'avoir un appareil très rigide. Il peut donc y avoir une divergence entre les 2 incisives d'environ 10° à 20° en même temps que l'espace entre ces dents. Il est important que l'espace obtenu entre les 2 incisives soit proportionnel au gain en largeur entre les 2 molaires d'ancrage. Si j'interprète bien votre 4 mm , je comprends qu'à la base des 2 incisives là où elles entrent dans la gencive, c'est 4 mm plus étroits qu'au bout des dents. C'est beaucoup de divergence à moins qu'il n'y eût déjà une divergence que vous n'aviez pas observée avant ou que le sens de l'écart que vous décrivez ne soit pas dans le sens gauche-droit, mais dans le sens avant-arrière, ce qui serait difficilement explicable aussi. Je crois que vous devriez poser la question à votre orthodontiste. Il lui sera facile de vous répondre,
En ce qui concerne votre engourdissement, c'est normal après seulement 24 jours. Cela peut prendre jusqu'à 6 mois avant d'avoir une sensibilité normale.
Je vous montre 2 exemples récents d'espace entre les dents à la dernière journée d'activation.
Vous remarquerez qu'il n'y a que très peu de divergence entre les 2 incisives. L'espace obtenu est tout à fait proportionnel l'augmentation de la distance intermolaire. Le coefficient de corrélation est 0,64 (cf article cité en rubrique). Le développement d'un diastème indique que l'expansion des molaires (hémimaxillaires) se produit correctement.
Pour plus d'information je vous recommande de lire mon plus récent article de recherche sur le sujet:
Je souhaite que j'ai pu ainsi vous rassurer.
Recevez, Monsieur, mes salutations distinguées,
Dr Sylvain Chamberland
Bonjour Dr. Chamberland,
Tout d'abord merci pour les réponses à mes questions, ceci est grandement apprécié !! Merci également pour votre publication. Je n'ai pas encore fait la lecture de votre travail, toutefois je vais en faire une lecture exhaustive dès que le temps me le permettra.
En fait, oui j'ai un angle très léger en comparant la distance entre la base et le bout des incisives, ceci est juste. Je crois également que l'espace obtenu entre les deux incisives est proportionnel à l'augmentation de la distance intermolaire. Toutefois, je crois m'avoir mal exprimer avec le déséquilibre de +/-4 mm. Ceci concerne plutôt la différence de hauteur des incisives. Plus précisément, si on prend la base de l'incisive de l'hémimaxillaire droit comme point de référence à 0 mm, on constate que la base de l'incisive de l'hémimaxillaire gauche est à environ –4 mm (plus bas comme ceci _– ). En regardant quelques photos publiées sur l'internet, je constate que la base des incisives semblent toujours être à la même hauteur. Donc, si je reformule ma question: est-ce normal d'avoir une différence de hauteur entre les deux incisives (en comparant la base des incisives)?
Je vous remercie à l'avance de la réponse à cette question.
Sincèrement,
Jean-François
Merci de préciser votre question et j'avoue que je n'avais pas imaginé que l'écart était sur le plan vertical. Bref, cela ne m'apparaît pas normal.
Toutefois, sans avoir vu la situation clinique avant l'expansion et la situation clinique à ce jour, je ne peux vous dire pourquoi. Auriez-vous reçu un coup sur la dent? Auriez-vous tenté de toucher à la dent pour en tester la mobilité? Y avait-il déjà un écart vertical?
J'ai déjà eu un patient qui tenait son bébé de 2 mois entre ses mains et qui a reçu un léger coup de tête de son bébé en plein sur une incisive. Bang! Il en a eu les larmes aux yeux de douleur. Le coup a causé une hémorragie dans la chambre pulpaire et il a fallu procéder à un traitement de canal.
Votre inquiétude est légitime et la réponse est probablement simple.
Quand reverrez-vous votre orthodontiste? Pouvez-vous l'appeler et lui parler? Je vous recommande soit de le voir en urgence, soit de l'appeler. Il est le mieux placé pour vous répondre et vous rassurer.
Je vous dis bonne chance, ce n'est peut-être pas grave ce qu'il vous arrive, mais il vaut mieux que vous alliez vérifier.
Recevez, Monsieur Jean-François, mes salutations distinguées
Dr Sylvain Chamberland
Bonjour,
J'aimerais seulement savoir après combien de temps approximativement l'écart entre les palettes devient moins larges. Je suis déjà assez complexée avec ma petite espace entre les dents et je me demande comment gérer une espace aussi importante. Je travaille dans le publique.
Merci.
Bonjour Mélanie,
Cela varie aussi en fonction de l'âge du patient, l'auto fermeture est plus rapide chez une personne dans la jeune vingtaine qu'une personne dans la trentaine ou dans la quarantaine.
Vous devez savoir que dès que l'activation de l'appareil cesse, les fibres gingivales vont initier le mouvement de re-fermeture, mais ce mouvement est lent et il faut compter entre 2 à 4 mois après l'arrêt de la distraction osseuse (expansion) pour que l'espace soit complètement refermée. Normalement, l'orthodontiste colle les brackets 2 mois après l'arrêt de l'expansion et il peut mettre une force active douce (très faible) ce qui va activer la fermeture de l'espace entre les 2 incisives.
Recevez mes salutations,
Sylvain Chamberland
Bonjour Dr Chamberland,
De 2006 à 2009, j'ai eu des broches et mon plan de traitement dentaire incluait une chirurgie de mâchoire, car mes mâchoires étaient très désalignées. J'avoue que lorsque j'ai rencontré mon chirurgien pour la première fois sous les recommandations de mon orthodontiste avant de prendre la décision d'y aller de l'avant avec mes traitements dentaires, j'ai eu vraiment peur de ce type de chirurgie! La chirurgie orthognatique que j'ai finalement subie en mars 2008 comprenait une ostéotomie de Le Fort I, une ostéotomie sagittale mandibulaire bilatérale, une génioplastie et une turbinectomie (l'ablation des cornets inférieurs du nez afin de préserver un passage d'air adéquat à la suite de l'impaction importante de mon maxillaire).
Après coup, je dois dire que je n'avais rien à craindre de la chirurgie. Tout s'est bien déroulé pendant l'opération. Il faut dire que j'avais une grande confiance en mon chirurgien et j'ai suivi ses conseils à la lettre après la chirurgie. J'ai par contre dû subir une deuxième chirurgie 4 semaines après la première pour reprendre la fixation sagittale sur ma mâchoire inférieure. Malgré cette "complication" très rare, je ne regrette pas d'avoir subi les traitements. Mon estime personnelle a augmenté en flèche après mes traitements dentaires et je fonce maintenant dans la vie comme je l'ai toujours voulu et comme je savais que je le pourrais avec des dents et des mâchoires droites. Je n'ai plus peur de montrer mon sourire que j'affiche maintenant avec fierté! Si tout cela était à refaire demain matin, je le referais sans hésiter de par les bénéfices que mes broches et mes chirurgies m'ont procurés.
À la suite de mon expérience face à la chirurgie orthognatique, j'ai décidé de mettre sur pied mon site web personnel (www.mhcyr.com) contenant une section sur la chirurgie. J'espérais convaincre des gens qui hésitent à subir une chirurgie de mâchoire en décrivant mon aventure dentaire.
Par souci de me renseigner sur le sujet de la chirurgie de mâchoire, j'ai fait des recherches sur internet et je suis tombée sur votre site web par hasard. D'une part, j'ai été très impressionnée par la qualité et la quantité d'informations dans votre guide d'alimentation et les idées de recette pour ceux et celles qui subissent des chirurgies buccales. Si j'avais eu ce genre d'informations avant ma chirurgie, j'aurais pu probablement mieux me préparer, surtout ce qui a trait à mon alimentation postopératoire.
Également, je cherchais des pages internet depuis quelques mois déjà expliquant en gros la nature des interventions que j'ai subies. Quelle ne fut pas ma surprise de voir votre page à ce sujet! C'est exactement le genre d'informations que je cherchais pour expliquer à mes proches les interventions que j'ai subies. L'information que cette page contient est claire et très bien appuyée par des photos et des radiographies.
Bravo pour votre site!
Marie-Hélène
Merci pour vos bons mots,
Vous êtes bien placées pour savoir le temps qu'il faut mettre pour construire un site. Des heures et des heures!
De savoir que mes efforts peuvent être vus et lus et rendre service au public en général est une récompense en soi.
Merci
Dr Sylvain Chamberland
Bonjour Docteur,
Merci effectivement pour votre travail de présentation de vos activités !
Je viens de visionner la vidéo de l'EPRAC et je ne vois pas de pose de plaques d'ostéosynthèse… Est-ce parce qu'il n'y en a pas, ou parce que le film n'est pas "intégral" ?
Je n'ai pas bien compris ce que vous appelez "down fracture". Ceci dit, je dois prendre le temps de lire votre thèse, ce sera peut-être plus clair après !
D'autre part en ce qui concerne les génioplasties, le décalage qui se crée au niveau de la fracture du menton, finit-il par se combler, se lisser ?
Merci par avance pour vos informations et
Bonne Année.
Nicolas
Bonsoir Nicolas,
Question 1 :
EPRAC
Il n'y a pas d'ostéosynthèse lors de l'expansion palatine assistée chirurgicalement parce qu'il n'en faut pas. L'expansion chirurgicale est en fait de la distraction osseuse c'est-à-dire que lorsque l'os est coupé, les deux parties sont éloignées graduellement l'une de l'autre ce qui étire le cal mou formé par le sang autour du trait de coupe. Il est donc essentiel que les deux hémimaxillaires puissent être libres de s'écarter. Les ostéosynthèses servent à immobiliser les parties osseuses. Vous comprenez alors que s'il y avait des ostéosynthèses, il ne serait pas possible d'écarter les hémimaxillaires.
Question 2 :
Down fracture
La photo de gauche est une vue plongeante d'un maxillaire après la séparation complète. La lettre P indique les segments postérieurs. La lettre A indique les segments antérieurs. La lettre C indique l'ilot central. Les flèches indiquent les traits d'ostéotomies séparant le maxillaire en segments.
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Question 3 :
Génioplastie
Il y a un remodelage osseux important après une génioplastie et le trait de coupe se comble entièrement et disparait. Le remodelage est différent entre un adulte et un adolescent.
Génioplastie chez l'adolescent
Le décalage s'est très bien "lissé".
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Génioplasite chez l'adulte
Le décalage s'est bien lissé, mais il y a moins d'apposition osseuse. Le lissage s'est produit par le remodelage du coin supéroantérieur du fragment distal.
Merci beaucoup pour vos réponses et pour votre amabilité.
Il me reste une question de détail (ou d'importance, c'est selon !) liée au point 1 :
je comprends bien qu'il ne faut pas relier les hémimaxillaires post-op afin de permettre leur écartement. Mais quid de leur lien avec le reste du crâne, dans la direction verticale (qui fait que le maxillaire ne tombera pas !!!) ? Il ne se fait que par les lames ptérygoïdes à l'arrière, et par le maintien bouche fermée à l'avant ?
Le maxillaire est retenu par le septum nasal, les parois internes des fosses nasales, les os palatins, tout le pédicule vélopharyngé et palatin. Il reste encore beaucoup de tissus vous savez.
Bonsoir
Dr Sylvain Chamberland
Quelle promptitude ! Merci.
Bonjour,
Je m'intéresse au cas du jeune homme ayant subi une génioplastie : on voit, dans le texte joint à l'image, "remodelage osseux" dû à la croissance chez l'adolescent. Est-ce une apparition de matière osseuse au niveau des zones déplacées (par exemple la zone A — image mars 2003)? Les "trous" sont-ils comblés dans les mois qui suivent si oui : de façon naturelle ?
Une dernière question : on m'a dit qu'il existait un risque de non-consolidation de l'os lors de l'avancement, une sorte de "dissolution" de l'os est possible?
Votre question est pertinente et permet d'ajouter quelques précisions.
Le remodelage osseux que je décris comprend de l'apposition et de la résorption (A signifie Apposition et R signifie Résorption) aux zones indiquées par des flèches et des lettres sur les vues radiographiques ci-haut (réponse précédente). Sur les radiographies du jeune garçon de 14 ans, il y a eu apposition ou formation d'os ou si vous préférez "apparition d'os" au-dessus du segment de menton qui est avancé. L'os est "déposé", ou l'os s'est formé, sur le versant antérieur de la mandibule.
Les "trous" ou plus précisément "l'épaulement" ainsi créé par l'avancement du segment osseux du menton se comblent naturellement durant le processus de guérison.
En ce qui concerne une non-consolidation, je ne l'ai jamais constaté pour les cas de génioplastie. D'ailleurs, vous pouvez constater que le trait de coupe n'est déjà quasiment plus visible 18 semaines postgénio.
Les non-consolidations (mal-union) sont extrêmement rares. Si cela se produit, ce sera généralement secondaire à une infection postopératoire ou une fracture des fragments aux sites de fixation. Je l'ai vécu une seule fois avec un de mes patients qui avait subi une ostéotomie sagittale mandibulaire bilatérale et qui a dû être réopéré du côté droit pour reconsolider le tout. Bien entendu, l'infection a été contrôlée par antibiothérapie
Bonjour,
J'ai subi une ostéotomie maxillaire et mandibulaire il y a 8 jours, le 26 janvier. Depuis, j'ai toujours des saignements de nez peu importants, mais permanents de la narine gauche. J'ai eu plusieurs jours durant des saignements à la narine droite également, mais ces derniers se sont arrêtés. J'ai lu que ces saignements arrivaient seulement justes après l'intervention. Est-ce normal? Merci. Il est vrai qu'en sortant de l'hôpital, j'ai attrapé froid avec le nez qui coule. Mais là c'est terminé. Je ne sais pas si ça a joué.
Bonsoir,
Les saignements de nez (épistaxis) sont possibles après une chirurgie orthognathique, mais je crois qu'il serait bon que vous reconsultiez votre chirurgien. Votre question concerne plus les soins postchirurgicaux immédiats que les soins orthodontiques. Ils sont plus adéquatement pris en charge par le chirurgien que par l'orthodontiste.
Par contre, un saignement léger n'est pas nécessairement anormal ou grave. Veuillez donc en revoir votre chirurgien le plus tôt possible.
Bonne chance
Merci infiniment pour toutes vos réponses, j'y vois encore plus clair !
Je vois que votre clinique est localisée au Québec, puis-je vous demander quels sont vos honoraires? Je vis en France et j'ai rencontré plusieurs chirurgiens qui opèrent à des prix très différents (pour une génioplastie) et j'avoue ne pas m'y retrouver …
Mes honoraires sont inclus dans le cadre d'un traitement orthodontique. Je suis orthodontiste et non pas chirurgien buccal. Au Québec, les honoraires sont couverts par le régime de santé publique (RAMQ). Par contre, je sais que les chirurgiens peuvent facturer un montant pouvant varier entre 1000$CAN et 2000$CAN selon les régions (Québec, Montréal, Trois-Tivières ou Sherbrooke).
Il est plus important de se concentrer sur la façon dont le chirurgien procède à la coupe osseuse et quel type de fixation utilisera-t-il. Pour une génioplastie, 2 à 4 ostéosynthèses (fil métallique) suffisent. Certains utilisent des plaques avec vis. Bien que ce soit une bonne méthode, ce n'est pas nécessaire. De plus, j'ai remarqué que les vis de la plaque sur le segment distal (la partie qui est avancée) deviennent trop en dehors (la tête flotte dans le vide) car l'os qui les entoure se résorbe (zone résorptive).